22/07/2012

2 La troupe céleste




Lorsque l'on sort de chez moi par le portail tout vert de la résidence
Il faut emprunter immédiatement la longue route qui descend en pente très raide
Avant de prendre à droite en arpentant nonchalamment le trottoir
On tombera alors à coup presque sûr et de façon logique sur eux
Ils sont là en nombre variable et indéfini formant un groupe disparate
Près d'un pont où passent des trains mais pas entièrement dessous non plus
Ils sont tous très mal rasés avec des tronches de poilus de la première guerre
Fagotés à l'arrache de vêtements aux couleurs qui ne vont pas ensemble
On voit bien que la mode est un souci qui n'est pas de leur monde
Tout à leur liberté ils sont bien au-dessus de pareilles futilités

Il y a entre autres quelques arabes décharnés assis sur un parapet
Un pauvre mec hirsute toujours debout avec une veste de jogging dégueulasse
Et puis il y a ce gros type affichant des yeux bonasses et résignés
Ainsi qu'un bide phénoménal le distinguant de ses congénères
Mais surtout remarquable par le gros chien à la fourrure mitée
Copie conforme de son maître sous la forme canine
Qui l'accompagne comme son ombre misérable mais digne
En guise de décor on peut apercevoir quelques cadavres de bouteilles
D'autres sont encore bien vivantes mais leur état de santé se dégrade à vitesse constante
Sous l'assaut de la troupe expérimentée qui tête les goulots comme des biberons

Tous les membres du groupe sont tellement vieux et usés
Qu'ils semblent là depuis toujours et pour toujours
Au désespoir des quelques filles de passage très propres en petite jupe
Qui s'écartent prudemment sous leurs rires gras et désenchantés
Je suppose qu'ils passent le plus clair de leur temps à boire de la vinasse
A refaire le monde à moitié saouls quand c'est pas complètement bouratches
Et à raconter beaucoup de conneries aussi il faut bien l'avouer
J'ai jamais vraiment su ce que je voulais faire dans la vie
Mais quand je croise à la tombée du soir cette faction hors du temps et du monde
Je me dis que j'aimerais être un clochard et faire partie de leur bande


N'oubliez pas de commenter ce poème et de le partager en utilisant les boutons ci-dessous !

2 commentaires:

  1. Est-on libre de s'oublier,de se détruire et faire de ce temps que du néant ,
    à chacun cette question et surtout sa réponse,
    salut à toi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ce commentaire, court, mais qui suscite la réflexion :-).

      Je pense que chacun est libre d'emprunter le chemin qu'il souhaite, quel qu'il soit finalement, puisqu'il n'y a pas de vérité absolue.
      Et parfois ce qui est bien vu ou jugé bon aux yeux de la société a en fait, si on l'examine, des répercussions plus négatives ou, du moins, est intrinsèquement plus vil que ce qui est considéré comme répréhensible.
      Dès lors, comment ériger de manière péremptoire une façon de vivre comme la meilleure ?

      Toutefois, peut-être est-on lié dans nos choix par la souffrance ou le mal que l'on peut infliger à autrui : là se situe sans doute la limite de nos libertés.

      A bientôt.

      Supprimer